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CAN tous les quatre ans, la CAF face aux interrogations sur les motivations de sa réforme
Entre hypothèses journalistiques, démentis officiels et préoccupations économiques, le débat porte désormais sur les véritables objectifs de cette réforme
 

(AfriquesPlus) - La Coupe d’Afrique des nations pourrait-elle retrouver son rythme biennal ? Quelques mois après avoir annoncé une réforme majeure du calendrier continental, la Confédération africaine de football (CAF) envisage de nouveau cette possibilité. La déclaration de son président, Patrice Motsepe, au Cap-Vert, relance les interrogations sur les raisons de ce changement de perspective.

Si la possibilité d’un retour à une CAN tous les deux ans est désormais évoquée, aucune décision définitive n’a été annoncée. Reste que ce réexamen intervient suffisamment tôt pour susciter des questions sur les motivations initiales de la réforme et sur les équilibres qui influencent la gouvernance du football mondial.

 Une réforme qui divise le football africain

En décembre 2025, la CAF avait annoncé son intention d’organiser la CAN tous les quatre ans, dans le cadre d’une réorganisation des compétitions africaines. La création d’une Ligue des nations africaine devait notamment contribuer à renouveler l’offre sportive continentale et à compenser la diminution de la fréquence du tournoi phare.

Présentée comme une évolution stratégique, cette réforme avait néanmoins soulevé des inquiétudes. Plusieurs observateurs craignaient qu’un espacement des éditions ne réduise les occasions de mobilisation populaire, la visibilité des sélections nationales et les ressources générées par la compétition.

Pour les fédérations, la CAN représente en effet un rendez-vous important en matière de recettes commerciales, de droits télévisés et de partenariats. Une modification de sa périodicité peut donc avoir des conséquences sur leurs perspectives financières, même si son impact réel dépendra du modèle économique retenu et des revenus tirés des autres compétitions.

Le retour éventuel au rythme biennal pourrait ainsi répondre à des préoccupations sportives et économiques. Mais il reste à connaître les éléments précis qui ont conduit la CAF à rouvrir le dossier.

 Romain Molina évoque les rivalités entre la FIFA et l’UEFA

Dans une vidéo publiée sur sa chaîne YouTube, le journaliste Romain Molina avance une explication politique. Selon lui, le passage à une CAN quadriennale aurait notamment répondu à la volonté de la FIFA de ménager l’UEFA et les grands clubs européens.

Ces derniers sont régulièrement confrontés aux contraintes du calendrier international lorsque leurs joueurs africains rejoignent leurs sélections pour disputer la CAN. L’organisation du tournoi tous les deux ans multiplie ces périodes d’absence et oblige les clubs concernés à adapter la gestion de leurs effectifs.

Dans cette perspective, espacer les éditions aurait constitué une concession susceptible de satisfaire certains intérêts européens.

Molina estime cependant que l’évolution des relations entre la FIFA et l’UEFA aurait changé la donne. Selon son analyse, les tensions entre les deux instances rendraient désormais moins nécessaire la recherche de compromis avec les dirigeants européens. Un retour à une CAN biennale pourrait même, dans cette configuration, aller à l’encontre des intérêts de certains clubs.

Cette lecture présente toutefois une limite importante : les éléments avancés par le journaliste ne constituent pas, à eux seuls, la preuve que la réforme de décembre 2025 aurait été décidée sous la pression de la FIFA ou de l’UEFA. Les motivations officielles de la CAF et l’existence éventuelle de négociations sur ce sujet doivent être distinguées des interprétations portant sur les rapports de force internationaux.

Motsepe récuse toute tutelle extérieure

Le président de la CAF, Patrice Motsepe, a fermement rejeté les accusations selon lesquelles son organisation recevrait ses instructions de la FIFA ou de l’UEFA. Il affirme que la priorité de l'instance continentale demeure la défense des intérêts du football africain.

Ce démenti apporte un contrepoint essentiel aux accusations de Romain Molina. Il rappelle que la CAF revendique son autonomie et entend présenter ses décisions comme relevant de ses propres choix institutionnels.

Pour autant, l'affirmation de cette indépendance ne suffit pas, à elle seule, à établir les motivations exactes de la réforme initiale ou celles du possible revirement. Pour trancher le débat, il faudrait notamment disposer d'explications détaillées sur les consultations menées, les critères retenus et les avantages attendus de chaque modèle.

À ce stade, il convient donc de ne pas confondre trois éléments distincts : la réouverture officielle de la réflexion sur la périodicité de la CAN, l'analyse politique proposée par Molina et le démenti de Motsepe concernant une éventuelle tutelle extérieure.

 Les enjeux financiers au centre des interrogations

La dimension économique constitue un autre volet majeur du débat. Selon Romain Molina, une partie importante des dirigeants africains serait favorable au maintien d'une CAN tous les deux ans, notamment en raison des recettes générées par le tournoi.

Cette hypothèse est cohérente avec l'importance commerciale de la compétition, mais l'ampleur des soutiens évoqués et les motivations précises des dirigeants concernés ne sont pas établies par les seuls éléments rapportés.

Le modèle biennal permet de multiplier les éditions et les occasions de commercialisation. À l'inverse, un rythme quadriennal pourrait permettre de concentrer les investissements et de valoriser davantage chaque tournoi, à condition que les autres compétitions apportent des ressources suffisantes.

La Ligue des nations africaine apparaît dès lors comme un élément déterminant. Son intérêt ne pourra être évalué uniquement à partir de son calendrier : il faudra aussi examiner son attractivité, ses revenus potentiels, ses coûts d'organisation et les bénéfices qu'en tireront les fédérations.

L'arbitrage entre les deux modèles exige donc une évaluation économique transparente. Il ne suffit pas d'affirmer que la CAN tous les deux ans serait nécessairement plus avantageuse, pas plus qu'il ne suffit de présenter le rythme quadriennal comme une modernisation incontestable.

 Un revirement qui appelle des explications

Moins d'un an après l'annonce de la réforme, la possibilité d'un retour au modèle précédent pose inévitablement la question de la cohérence stratégique de la CAF.

Si les circonstances internationales ont changé, l'instance devra préciser dans quelle mesure cette évolution justifie de revoir sa décision. Si les préoccupations des fédérations et les impératifs financiers jouent un rôle déterminant, il serait également utile de connaître les évaluations qui fondent ce réexamen.

La transparence apparaît d'autant plus nécessaire que la CAN dépasse largement le cadre d'une compétition sportive. Elle constitue un instrument de rayonnement continental, un moteur économique pour plusieurs secteurs et un rendez-vous majeur pour les supporters africains et leurs diasporas.

Le débat ne devrait donc pas se limiter à opposer les accusations de pressions étrangères aux démentis de la CAF. Il doit aussi porter sur les objectifs sportifs, les ressources disponibles, les conséquences pour les fédérations et la place de la CAN dans le développement du football africain.

 La priorité : défendre les intérêts du football africain

Pour l'heure, la CAF n'a pas annoncé de décision définitive concernant un éventuel retour à une CAN organisée tous les deux ans. Les déclarations disponibles ne permettent pas non plus de conclure que la réforme initiale aurait été imposée par les intérêts européens.

L'analyse de Romain Molina soulève néanmoins des questions légitimes sur les rapports de force internationaux et sur la place des considérations financières dans la gouvernance du football. Le démenti de Patrice Motsepe rappelle, de son côté, la position officielle de la CAF sur son indépendance.

La suite dépendra de la capacité de l'instance à exposer clairement les raisons de son éventuel changement de cap et à démontrer que le modèle retenu sert durablement les fédérations, les joueurs et les supporters.

Au-delà de la fréquence de la CAN, l'enjeu est celui de la cohérence et de la crédibilité de la gouvernance du football africain.** La meilleure réponse aux interrogations ne résidera ni dans les accusations non étayées ni dans les seuls démentis, mais dans des explications précises, des données économiques accessibles et une décision clairement justifiée au regard des intérêts du continent.

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