(AfriquesPlus) - Dans une tribune publiée le 11 octobre 2026 par le New York Times, Doyle D. Calhoun interroge la concentration des scandales liés à l’intelligence artificielle sur des auteurs noirs et issus de minorités. Sans écarter les accusations de plagiat, il conteste les méthodes et les ressorts politiques de certaines dénonciations.
Un prix littéraire, une sélection au Goncourt, puis une mise à l’écart. Le parcours de C’était Ça ou Mourir, du Canadien d’origine haïtienne Thélyson Orélien, concentre les tensions examinées par Doyle D. Calhoun, professeur assistant à l’université de Cambridge, dans le New York Times.
Le roman raconte la fuite d’un jeune enseignant confronté à la violence des gangs en Haïti. Lauréat du prix du Roman Fnac, il figurait dans la première sélection du Goncourt avant qu’un compte anonyme sur X, Balance Ton Claude, affirme que le logiciel Pangram avait identifié certains passages comme générés jusqu’à « 100% » par l’IA.
Des accusations de plagiat visant des travaux antérieurs ont suivi. Malgré le soutien de Virginie Despentes, Dany Laferrière et Mohamed Mbougar Sarr, les Éditions du Boréal ont suspendu la promotion du livre. L’Académie Goncourt l’a retiré pour préserver « l’intégrité du prix et de l’Académie Goncourt ».
Calhoun juge les accusations « considérables et alarmantes ». Mais il souligne qu’elles ont été portées par des acteurs aux orientations politiques affirmées.
Selon sa tribune, la publication initiale provenait du chroniqueur conservateur Samuel Fitoussi, auteur de Woke Fiction. Interrogé par Le Monde sur son anonymat, celui-ci expliquait vouloir « éviter de présenter cette affaire comme un clivage droite-gauche ».
Pour Calhoun, l’attention accordée à Orélien relève aussi d’un militantisme anti-woke prétendant défendre la pureté littéraire. Il observe que les cinq scandales liés à l’IA qu’il considère comme les plus significatifs de l’année ont tous concerné des auteurs noirs ou issus de minorités.
L’affaire Jamir Nazir illustre les limites d’un verdict logiciel. Après une récompense régionale du Commonwealth, sa nouvelle avait été signalée par Pangram comme entièrement générée par IA. Une enquête fondée sur des entretiens et des documents horodatés l’a pourtant disculpé ; son texte a ensuite remporté le prix général.
L'auteur rappelle également les limites des détecteurs pour les langues autres que l’anglais et ses usages non standards. Sans reconstitution du parcours du manuscrit, estime-t-il, établir avec certitude l’intervention d’une IA demeure difficile. Orélien affirme avoir rédigé une première version en 2019.
L’universitaire interroge plutôt une suspicion qui expose particulièrement les auteurs sous-représentés.
« Notre posture initiale devant un texte devrait être celle d’un lecteur disposé à le lire, non celle d’un médecin légiste pratiquant une autopsie », écrit-il. À ses yeux, ces disgrâces publiques imposent aux jeunes écrivains un choix injuste : réussir, ou devenir une cible.