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En République dominicaine, le créole haïtien au cœur d’un débat national
La proposition d’enseigner le créole haïtien dans les écoles publiques dominicaines a déclenché une vive controverse. Derrière le débat linguistique se dessinent les tensions persistantes autour de l’immigration haïtienne et de l’identité nationale
 

(AfriquesPlus) - Une proposition visant à introduire l’enseignement du créole haïtien dans les écoles publiques de République dominicaine a relancé un débat sensible sur les relations entre les deux pays de l’île d’Hispaniola, mais aussi sur l’immigration et les questions d’identité.

Kendall Medford, chercheur à Penn State, explique dans The Conversation, le projet de loi présenté début septembre par le député dominicain Julio César Beltré. Celui-ci proposait de rendre obligatoire l’offre de cours de créole dans les établissements publics. La proposition a rapidement suscité de fortes réactions, notamment de la part de secteurs nationalistes qui y voient un risque pour la souveraineté dominicaine et redoutent une forme de rapprochement politique ou culturel avec Haïti.

L’auteur replace cette controverse dans une histoire marquée par les tensions entre les deux États, notamment autour de la période d’occupation haïtienne de 1822 à 1844 et de la question migratoire. La présence importante de migrants haïtiens en République dominicaine, particulièrement dans l’agriculture et la construction, nourrit depuis plusieurs décennies des discours hostiles à leur égard. Medford souligne également que le créole haïtien, pourtant largement parlé dans le pays, reste peu présent dans les espaces publics et les services où les besoins de traduction peuvent être importants.

Le débat comporte aussi une dimension linguistique et raciale. Le créole haïtien, langue officielle d’Haïti depuis 1987 aux côtés du français, est parfois dévalorisé comme un simple dialecte, alors qu’il possède sa propre grammaire, son orthographe et ses institutions linguistiques. Selon l’auteur, certains chercheurs et intellectuels considèrent que le rejet du créole participe plus largement à une stigmatisation de la population noire et haïtienne en République dominicaine.

Le député Julio César Beltré défend pour sa part une approche essentiellement pratique. Originaire d’une région proche de la frontière, il estime que la maîtrise du créole pourrait faciliter les relations professionnelles, commerciales et sociales entre Dominicains et Haïtiens. Il affirme qu’apprendre la langue d’un pays voisin ne revient pas à adopter son identité ou ses positions politiques.

La proposition a toutefois été désavouée par le président dominicain Luis Abinader, membre du Parti révolutionnaire moderne (PRM), qui a déclaré le 14 septembre qu’elle ne correspondait pas à la position de son parti. L’article rappelle également que le gouvernement dominicain mène parallèlement une politique migratoire particulièrement restrictive à l’égard des Haïtiens.

Malgré les oppositions, le projet bénéficie aussi de soutiens dans une partie de la société dominicaine. Plusieurs citoyens interrogés par le média El Avance considèrent notamment que la proximité géographique et les échanges quotidiens avec Haïti justifient l’apprentissage du créole. Des institutions proposent déjà des formations, parmi lesquelles l’Université autonome de Saint-Domingue et l’organisme de formation du ministère dominicain des Affaires étrangères.

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