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Éthiopie, la crise politique dépasse les seules questions identitaires
La crise éthiopienne ne se résume pas aux rivalités identitaires entre communautés. Elle peut aussi être reliée à participation des différents peuples à la construction et à l’exercice du pouvoir politique
 

(AfriquesPlus) - La crise politique éthiopienne ne peut pas être comprise uniquement à travers les tensions identitaires. Elle renvoie plus profondément à une question de pouvoir politique, de contrôle du territoire et de participation des différents peuples à la définition de l’ordre étatique. 

Dans une analyse publiée ce 2 octobre 2026 par Addis Standard et reprise par AllAfrica, Dr Hambisa Belina, professeur associé à Morgan State University, remet en question les lectures qui présentent les revendications identitaires comme la principale origine des crises éthiopiennes. S’appuyant sur des travaux historiques, des études consacrées aux Oromo, des textes constitutionnels et des rapports institutionnels, il soutient que ces mobilisations doivent également être replacées dans une histoire marquée par la conquête, l’incorporation territoriale, les transformations foncières, la marginalisation de certaines langues et institutions et une centralisation durable du pouvoir.

L’auteur développe ainsi la notion d’« auteur politique » pour désigner la capacité des peuples et des citoyens à participer réellement à la définition, à la contestation et à la modification des règles qui organisent leur vie collective. Il oppose cette idée à une situation dans laquelle des populations sont simplement administrées par des institutions dont elles n’ont pas contribué à définir les fondements. Dans cette perspective, la question éthiopienne porterait moins sur l’identité en elle-même que sur les conditions historiques dans lesquelles les différents groupes ont été intégrés à l’État.

L’analyse accorde une place particulière à l’histoire des Oromo. Selon Belina, leur incorporation dans l’État éthiopien a entraîné des transformations profondes dans l’accès aux terres, l’organisation du pouvoir et la reconnaissance des institutions locales. Il évoque notamment le système traditionnel du Gadaa, présenté comme une organisation politique reposant sur des assemblées, une rotation du pouvoir et des mécanismes de responsabilité publique. Sa marginalisation est ainsi interprétée comme une perte d’autorité politique autant que comme une question culturelle.

Le texte revient également sur les régimes qui se sont succédé depuis la monarchie. La révolution de 1974 a supprimé la monarchie et proclamé l’égalité, mais le régime du Derg a maintenu un système fortement centralisé et militarisé. Après 1991, le fédéralisme fondé sur la reconnaissance des « nations, nationalités et peuples » a constitué une rupture importante, notamment avec la Constitution de 1995. Ce système a permis des avancées en matière de reconnaissance linguistique, d’administration locale et de statut régional, tout en laissant subsister, selon l’auteur, un décalage entre les droits constitutionnellement reconnus et les moyens institutionnels permettant de les exercer pleinement.

La situation de l’Oromia occupe une place centrale dans cette démonstration. L’auteur considère cette région comme un espace majeur de confrontation autour de la terre, du développement urbain, de la représentation politique et de l’autorité territoriale. La question de Finfinnee/Addis-Abeba, capitale fédérale située au sein de l’Oromia, concentre notamment les tensions liées au foncier, à l’expansion urbaine, aux compensations, à la représentation et à la reconnaissance de l’histoire et des intérêts oromo.

Belina relie également les mobilisations de 2014-2016 aux transformations foncières et urbaines autour d’Addis-Abeba, ainsi qu’aux frustrations liées à l’emploi, au développement et à la sécurité. Il rappelle que les revendications politiques ne sont pas mécaniquement produites par l’histoire et que les acteurs politiques, les mouvements sociaux, les autorités et les institutions de sécurité jouent un rôle dans l’évolution des crises.

L’auteur élargit toutefois son analyse au-delà de l’Oromia en évoquant notamment les violences documentées dans les régions somalie, Gambella et Benishangul-Gumuz. Pour lui, ces différents conflits montrent que les questions de citoyenneté, de territoire, de sécurité, de représentation et de contrôle des ressources sont étroitement liées.

Dans le contexte actuel, l’analyse souligne la persistance des déplacements internes, des conflits armés et des restrictions de l’espace civique. Le dialogue national engagé en Éthiopie est présenté comme une occasion de traiter des questions relatives à la structure de l’État, au fédéralisme, à l’autodétermination, aux frontières, aux langues, à l’État de droit et à la réconciliation. Pour Belina, l’enjeu dépasse finalement le choix d'une architecture constitutionnelle précise : il s’agit de construire des institutions permettant à la fois l’exercice des droits collectifs et la protection effective des droits individuels et des minorités.

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