(SenePlus) - En Haïti, les groupes armés ne se contentent plus de semer la violence. Ils contrôlent des territoires, imposent des taxes illégales et entravent l’accès aux biens essentiels. Dans une analyse publiée le 24 septembre 2026 par New Internationalist, le journaliste Harold Isaac montre comment l’effondrement progressif des institutions publiques a favorisé l’expansion des gangs et aggravé la crise politique, économique et sociale du pays.
Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse, le 7 juillet 2021, Haïti s’enfonce dans une crise institutionnelle et sécuritaire. Selon les chiffres rapportés par l’auteur, les violences ont fait environ 16 000 morts depuis janvier 2022, tandis que près de la moitié de la population est confrontée à une insécurité alimentaire aiguë. Quelque 1,5 million de personnes ont également été déplacées. Les groupes armés contrôlent une grande partie de Port-au-Prince et étendent leur influence dans les régions rurales, perturbant la circulation des personnes et des marchandises.
Pour Harold Isaac, cette emprise criminelle est avant tout le symptôme d’un État qui a progressivement perdu sa capacité à assurer ses missions fondamentales. Dans de nombreuses régions, l’accès à l’éducation, aux soins, à la sécurité et aux infrastructures repose depuis longtemps sur les familles, les associations, les organisations non gouvernementales et la diaspora. Le recul des institutions publiques a ainsi laissé un vide que les gangs ont progressivement occupé, jusqu’à exercer localement des fonctions d’autorité et de contrôle économique.
L’auteur replace cette situation dans une histoire marquée par les interventions étrangères, l’instabilité politique et le poids de la dette. Il souligne également les limites des opérations internationales successives, dont les résultats sécuritaires restent contestés et qui ont parfois laissé de lourdes conséquences humaines. Si la nouvelle Force de répression des gangs, soutenue par l’ONU, suscite des espoirs chez certains habitants, d’autres redoutent que le recours accru à la force n’entraîne de nouvelles violations des droits humains sans résoudre les causes profondes de la crise.
L’analyse insiste aussi sur les conséquences de cette situation pour les populations. Les fermetures d’écoles, les déplacements forcés et les difficultés économiques compromettent particulièrement l’avenir des jeunes. Le parcours de Sasha, une adolescente dont la mère a quitté Port-Salut pour lui permettre de poursuivre sa scolarité à Port-au-Prince, illustre ces choix difficiles. Pour de nombreuses familles, l’éducation reste une priorité, malgré les risques et le coût de la vie.
Harold Isaac interroge les réponses internationales centrées sur le rétablissement de la sécurité et l’organisation d’élections. Selon lui, ces objectifs ne suffiront pas sans une reconstruction durable des institutions et un rétablissement de la confiance entre l’État et la population. L’enjeu dépasse donc la reconquête des territoires contrôlés par les gangs : il s’agit de redonner aux Haïtiens les moyens de vivre en sécurité, d’accéder aux services essentiels et de décider eux-mêmes de leur avenir.