(AfriquesPlus) - De la Corne de l’Afrique à l’Afrique australe, le continent est confronté à de nouvelles tensions sécuritaires, à des défis politiques persistants et à des interrogations sur son avenir économique. La presse internationale met particulièrement en lumière la montée des tensions entre l’Éthiopie et l’Érythrée, les violences contre les étrangers en Afrique du Sud et les débats sur la gouvernance du football africain. Au Nigeria, en Égypte, en République démocratique du Congo et dans les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), les enjeux de sécurité, de souveraineté et de stabilité restent au cœur de l’actualité. Le sport africain apporte également son lot de résultats et de décisions importantes.
Éthiopie–Érythrée : la Corne de l’Afrique au bord d’une nouvelle escalade
C’est l’un des dossiers les plus préoccupants de la journée. L’Éthiopie a saisi le Conseil de sécurité des Nations unies pour dénoncer ce qu’elle présente comme une incursion des forces érythréennes sur son territoire. Dans un courrier daté du vendredi 9 octobre, Addis-Abeba affirme agir en légitime défense et accuse son voisin d’occuper des secteurs du nord du pays et de soutenir des groupes armés.
L’Associated Press (AP), dans une dépêche publiée ce samedi 10 octobre, rapporte que le chef de la diplomatie éthiopienne, Gedion Timothewos, invoque l’article 51 de la Charte des Nations unies, qui reconnaît le droit de légitime défense. L’Érythrée, de son côté, accuse le gouvernement éthiopien d’entretenir une politique agressive, notamment autour de son ambition d’obtenir un accès souverain à la mer Rouge. Les accusations d’incursion n’ont pas toutes pu être vérifiées de manière indépendante.
Cette nouvelle confrontation intervient dans un contexte déjà explosif. La région du Tigré, dévastée par la guerre de 2020 à 2022, connaît de nouveaux affrontements. Les relations entre les deux voisins se sont fortement détériorées, jusqu’à la rupture récente de leurs relations diplomatiques.
L’enjeu dépasse largement le différend frontalier. L’accès à la mer Rouge est devenu une priorité stratégique pour l’Éthiopie, pays enclavé depuis l’indépendance de l’Érythrée en 1993. Mais toute tentative de modifier l’équilibre régional par la force risquerait d’entraîner d’autres acteurs de la Corne de l’Afrique dans une crise aux conséquences humanitaires et économiques considérables.
À retenir pour AfriquesPlus : la priorité est désormais d’éviter que les tensions autour de la mer Rouge ne débouchent sur une guerre ouverte entre les deux pays, avec un risque supplémentaire pour les populations civiles du Tigré.
Afrique du Sud : le gouvernement recule face aux violences anti-immigrés
L’Afrique du Sud est confrontée à une nouvelle poussée de violences visant les étrangers. Selon Reuters, les manifestations qui ont dégénéré à Johannesburg et à Durban ont conduit les autorités à retirer une directive administrative relative à l’accueil des demandes d’asile.
La mesure avait été prise pour mettre en œuvre une décision de la Cour constitutionnelle du 7 juillet, selon laquelle une personne ne peut être privée de l’accès à la procédure d’asile pour le seul motif d’être entrée irrégulièrement dans le pays. Son application a toutefois provoqué une forte pression sur les services d’accueil, dans un climat alimenté par des informations trompeuses sur les droits des migrants
Les violences ont été particulièrement graves le jeudi 8 octobre : quatorze véhicules ont été incendiés à Durban et dix à Soweto, tandis que des commerces appartenant à des étrangers ont été pillés. Les forces de l’ordre ont annoncé un retour au calme vendredi, sans que les tensions de fond soient pour autant résolues.
Le dossier illustre une contradiction majeure de la première économie africaine. Le chômage, les inégalités et la pression sur les services publics alimentent la colère sociale. Des étrangers sont fréquemment accusés d’aggraver ces difficultés, alors que les accusations collectives les associant à la criminalité ou au chômage ne sont pas étayées par des preuves suffisantes.
Le gouvernement doit donc concilier contrôle de l’immigration, respect des décisions judiciaires et protection des personnes. Au-delà des frontières sud-africaines, ces violences affectent les relations avec les pays voisins et fragilisent le principe de solidarité africaine.
L’enjeu : répondre aux inquiétudes sociales sans laisser les violences xénophobes s’installer comme un instrument de contestation politique.
Nigeria : Abuja plaide pour une architecture africaine de sécurité plus autonome
Au Nigeria, le débat sur la sécurité dépasse désormais les seules opérations militaires nationales. Dans une information publiée ce samedi 10 octobre, le quotidien nigérian Punch rapporte que la ministre d’État aux Affaires étrangères, Bianca Odumegwu-Ojukwu, a appelé à renforcer les capacités africaines de prévention et de gestion des crises.
Lors d’un forum consultatif organisé à Abuja autour de l’architecture de paix et de sécurité de l’Union africaine, la responsable a défendu un dispositif continental mieux financé, plus efficace et davantage capable de compter sur ses propres moyens. Elle a notamment évoqué la progression du terrorisme, de la criminalité transnationale organisée et des nouvelles menaces sécuritaires.
Cette déclaration intervient alors que le Nigeria reste confronté aux violences de groupes armés, aux enlèvements contre rançon et à l’insécurité dans plusieurs régions. Dans le nord-est, la menace jihadiste continue de peser sur les populations et sur les forces de défense. Dans d’autres régions, les enlèvements fragilisent les familles, les écoles et les activités économiques.
L’appel d’Abuja pose une question essentielle : comment les États africains peuvent-ils mieux financer leurs opérations, partager leurs renseignements et coordonner leurs interventions sans dépendre excessivement des partenaires extérieurs ?
Pour le Nigeria, qui joue un rôle majeur dans les affaires ouest-africaines, la réponse passe par une combinaison de coopération régionale, de moyens opérationnels et de politiques publiques capables de réduire les vulnérabilités des populations.
Le fait du jour : Abuja veut faire de l’autonomie sécuritaire africaine une priorité politique et financière, au moment où les crises régionales mettent à l’épreuve les capacités des institutions continentales.
Égypte : les détentions de journalistes ravivent les inquiétudes sur la liberté de la presse
En Égypte, la situation de la presse indépendante reste sous surveillance. The Guardian, dans un article publié le vendredi 9 octobre et toujours au cœur de l’actualité ce samedi, rapporte que des journalistes préparent une manifestation au Caire pour réclamer la libération de six collaborateurs de la plateforme indépendante Matsadaash.
Ces journalistes ont été arrêtés et inculpés dans une affaire liée notamment à des accusations de terrorisme et de diffusion de fausses informations. Ils affirment, par l’intermédiaire de leurs avocats, avoir subi des violences et avoir été contraints d’enregistrer de faux aveux. Les autorités égyptiennes contestent ces accusations et déclarent que les examens médico-légaux n’ont pas révélé de traces de violences chez certains des détenus examinés.
L’affaire soulève une question centrale : jusqu’où les impératifs de sécurité nationale peuvent-ils justifier les restrictions imposées au travail journalistique ?
Pour les défenseurs de la liberté de la presse, les garanties judiciaires, l’accès des avocats aux détenus et la possibilité de mener des enquêtes indépendantes constituent des éléments essentiels de l’État de droit. Les autorités, quant à elles, présentent les poursuites comme une réponse à des infractions présumées.
Au-delà de ce dossier, l’Égypte conserve une importance stratégique considérable dans les équilibres africains et moyen-orientaux. Le Caire suit notamment de près les tensions autour du Nil, du barrage de la Renaissance éthiopien et de la sécurité en mer Rouge.
À retenir : la mobilisation annoncée des journalistes place la liberté d’informer au centre du débat public égyptien, sur fond de tensions régionales persistantes.
RDC : la crise sécuritaire et l’épidémie d’Ebola continuent de peser sur les populations
En République démocratique du Congo (RDC), la situation reste marquée par la superposition des urgences sécuritaires et sanitaires.
Sur le plan militaire, l’Est du pays demeure confronté à une instabilité persistante, tandis que les autorités congolaises cherchent à contenir les groupes armés et à obtenir des garanties régionales pour une désescalade durable. Une dépêche de Reuters publiée le 9 octobre, consultable ce samedi, revient notamment sur les pertes subies en septembre par les forces de la société de sécurité privée Vectus Global, liée à Erik Prince, lors d’une embuscade au Sud-Kivu. L’incident illustre la complexité croissante des acteurs présents sur le terrain et les risques auxquels sont exposées les forces engagées dans le conflit. Les responsabilités exactes dans l’attaque ne sont pas toutes établies.;
À cette insécurité s’ajoute l’épidémie d’Ebola. Les bilans publiés au début du mois par Le Monde et Al Jazeera font état d’une flambée particulièrement meurtrière, avec plus de 8 000 cas recensés selon les données rapportées fin septembre et un nombre de décès dépassant les 4 000 dans les bilans diffusés début octobre. Ces chiffres sont datés et doivent être distingués d’un bilan actualisé au 10 octobre.
La riposte sanitaire se heurte à plusieurs obstacles : l’accès aux zones touchées, la défiance d’une partie des communautés et les difficultés de fonctionnement des structures de santé. Les violences contre des acteurs de la réponse sanitaire compliquent encore la situation.
La crise congolaise rappelle ainsi que les réponses militaires ne peuvent suffire. La protection des civils, l’accès humanitaire, la continuité des soins et la confiance entre les communautés et les institutions sont indispensables pour éviter que l’urgence sanitaire ne s’aggrave dans les zones déjà fragilisées par les conflits.
L’enjeu pour Kinshasa : maintenir simultanément la pression diplomatique en faveur de la paix et les moyens nécessaires à la lutte contre Ebola, sans laisser les populations civiles devenir les premières victimes de ces crises cumulées.
AES : souveraineté et sécurité restent les deux grands dossiers du Sahel
Au Mali, au Burkina Faso et au Niger, les priorités restent la sécurité, l’autonomie stratégique et la recherche de solutions économiques adaptées aux réalités nationales.
Pour cette édition du 10 octobre, les sources consultées ne permettent pas d’établir avec suffisamment de certitude un événement majeur nouveau, publié aujourd’hui même, dans chacun des trois pays. Il convient donc de distinguer les tendances de fond des nouvelles effectivement datées du jour.
Au Mali, le processus d’élaboration du Plan d’action gouvernemental 2027-2031, rapporté par l’Agence de presse africaine le 8 octobre, illustre la volonté de définir des orientations publiques à moyen terme. La sécurité, le fonctionnement des services publics et le développement économique figurent parmi les enjeux déterminants.
Au Burkina Faso et au Niger, les autorités poursuivent également leur politique de souveraineté nationale dans un contexte de menaces armées et de besoins sociaux importants. La coopération entre les trois membres de l’AES représente un levier potentiel pour mutualiser les moyens, améliorer les échanges économiques et coordonner certaines réponses sécuritaires.
Mais l’évaluation de ces politiques doit se mesurer à des résultats concrets : protection des populations, accès aux services essentiels, reprise des activités économiques, sécurité des axes de transport et amélioration des conditions de vie.
Le regard d’AfriquesPlus : la souveraineté ne peut être appréciée uniquement à travers les discours diplomatiques. Elle doit aussi se traduire par une capacité accrue à protéger les citoyens et à répondre à leurs besoins quotidiens.
Sport africain : la CAF revoit le calendrier de la CAN, les sélections féminines brillent
Football féminin : les Marocaines à la conquête de l’Europe
Le sport occupe une place importante dans l’actualité africaine, entre débats institutionnels, performances des sélections et parcours des joueurs africains à l’étranger.
Football : vers un retour de la CAN tous les deux ans ?
Selon Reuters, le président de la Confédération africaine de football (CAF), Patrice Motsepe, a indiqué vendredi 9 octobre, lors de la Conférence stratégique de la CAF au Cap-Vert, que l’organisation examinait la possibilité de revenir à une Coupe d’Afrique des nations organisée tous les deux ans, après avoir envisagé un rythme quadriennal.
Cette réflexion pourrait modifier sensiblement le calendrier du football africain. Elle pose plusieurs questions : comment préserver la visibilité internationale de la compétition, garantir des revenus suffisants aux fédérations et concilier les intérêts des sélections nationales avec ceux des clubs ?
Le calendrier définitif n’est pas annoncé dans les informations consultées. Il faut donc considérer cette évolution comme une réflexion en cours, et non comme une décision déjà adoptée.
Football féminin : le Maroc et l’Algérie se distinguent
Les résultats publiés ce samedi mettent en lumière plusieurs performances féminines :
- Maroc – Ouzbékistan : 3-1. Les Marocaines ont remporté leur rencontre amicale grâce notamment à un triplé d’Ibtissam Jraidi, selon AfricaSoccer.
Algérie – République centrafricaine : 8-0. Les Algériennes ont signé une victoire très large dans le cadre des qualifications olympiques féminines pour Los Angeles 2028. 
Ces résultats illustrent la progression de plusieurs sélections féminines africaines, même si les écarts de niveau, les moyens de préparation et la régularité des compétitions restent des défis pour le développement du football féminin sur le continent.
Nigeria : les Falconets éliminent l’Angleterre
Dans le football des jeunes, la sélection féminine nigériane des moins de 20 ans a battu l’Angleterre sur le score de 3-0 en huitièmes de finale de la Coupe du monde U20 féminine, disputée en Pologne. La victoire, rapportée le 9 octobre par Africa Top Sports, permet aux Nigérianes de rejoindre les quarts de finale.
Cette performance confirme la capacité du Nigeria à produire des équipes compétitives dans les catégories de jeunes. Elle souligne aussi l’importance des filières de formation, du suivi des joueuses et de l’investissement dans le football féminin.
Arbitrage : la VAR arrive dans les compétitions interclubs de la CAF
Autre évolution importante : la CAF a confirmé l’introduction de l’assistance vidéo à l’arbitrage (VAR) à partir de la phase de groupes de la Ligue des champions africaine et de la Coupe de la Confédération. L’information a été publiée le 9 octobre par AfricaSoccer.
L’objectif est de renforcer la fiabilité des décisions arbitrales dans les rencontres à fort enjeu. La réussite du dispositif dépendra toutefois de la qualité des équipements, de la formation des arbitres et de conditions techniques équitables entre les stades.
Sénégal–Maroc : le dossier du titre de la CAN reste suivi
Le recours du Sénégal concernant le titre de la CAN 2025 attribué au Maroc demeure un dossier important pour le football africain. Les informations publiées le 9 octobre indiquent que la décision du Tribunal arbitral du sport est attendue au cours du mois d’octobre, sans qu’une date définitive de prononcé soit confirmée dans les éléments consultés.
Cette affaire dépasse le résultat d’une finale : elle engage la question de l’interprétation des règlements, de l’autorité des instances sportives et de la confiance des supporters dans les procédures disciplinaires.
Les autres faits à surveiller
Diplomatie africaine
Les tensions entre l’Éthiopie et l’Érythrée devraient rester au centre des préoccupations diplomatiques. Une dégradation supplémentaire pourrait affecter les équilibres de la mer Rouge et la sécurité dans toute la Corne de l’Afrique.
Cohésion sociale en Afrique australe
Le retour au calme annoncé en Afrique du Sud ne règle pas les causes des violences anti-immigrés. La protection des étrangers et le traitement des tensions économiques restent essentiels.
Santé publique en RDC
La lutte contre Ebola reste une urgence majeure. Les bilans épidémiologiques doivent être actualisés et les efforts de prévention maintenus, en particulier dans les zones où l’accès aux soins est difficile.