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Le grand flottement de la CAF sur la CAN
Sans consultation des fédérations en décembre dernier, la CAF avait fait passer la compétition au cycle quadriennal. Elle s’apprête désormais à faire marche arrière, sur fond de guerre entre la FIFA et l’UEFA
 
  • https://www.youtube.com/watch?v=6y96iYvPZFY

(AfriquesPlus) - Annoncé il y a un peu plus de neuf mois sans vote des fédérations, le passage de la CAN à un cycle de quatre ans serait déjà sur le point d’être abandonné. Un revirement qui, selon l’enquête du journaliste Romain Molina, révèle surtout la dépendance de la Confédération africaine de football (CAF) aux intérêts de la FIFA.

C’est un virage à 180 degrés que la CAF s’apprête à officialiser. Moins de dix mois après avoir annoncé que la Coupe d’Afrique des nations se jouerait désormais tous les quatre ans, l’instance se prépare à rétablir le format biennal. Dans une vidéo publiée sur sa chaîne YouTube, le journaliste d’investigation français Romain Molina, spécialiste des coulisses du football africain, y voit la preuve que « les intérêts africains ne l’emportent » dans aucun des deux cas.

Romain Molina rappelle que le passage à un cycle de quatre ans avait été décidé sans vote ni consultation des 54 fédérations membres, en dehors de tout respect des statuts. Selon lui, la mesure aurait été prise pour complaire au président de la FIFA, Gianni Infantino, après un lobbying en ce sens. Il décrit une CAF qui « n’appartient plus à elle-même » depuis des années, dirigée par un président, le milliardaire sud-africain Patrice Motsepe, qu’il dit quasiment toujours absent.

Pour défendre cette réforme, la Confédération se serait appuyée sur des relais proches d’Infantino, au premier rang desquels Samuel Eto’o, président de la Fédération camerounaise. Le journaliste souligne que l’ancien attaquant, présenté il y a quelques années comme un rebelle que la FIFA cherchait à écarter des instances, est devenu l’un des principaux défenseurs du patron de la FIFA en Afrique. Il cite aussi le Djiboutien Souleiman Hassan Waberi, récemment destitué par les délégués de sa propre fédération, une décision que l’intéressé conteste. D’après Molina, Waberi fait l’objet d’enquêtes pour blanchiment, détournement, faux et usage de faux, ce qu’il présente comme son enquête et non comme des faits jugés.

Les arguments avancés à l’époque (meilleure préparation des sélections, valorisation du produit, développement durable) étaient, selon le journaliste, de simples justifications. Il affirme que le véritable bénéficiaire était l’Europe : avec une CAN tous les quatre ans, les clubs européens libèrent leurs joueurs africains moins souvent. Il y voit une décision contraire aux intérêts du continent, la CAN étant la principale source de revenus de la CAF, qui avait déjà perdu de gros contrats, dont celui de Lagardère.

Pourquoi la CAF change de cap

Ce qui a changé, explique Romain Molina, c’est le contexte : la guerre ouverte entre la FIFA et l’UEFA. Là où la FIFA cherchait à ménager les Européens il y a un an, elle aurait désormais intérêt à affaiblir l’UEFA. La CAF pourrait donc rétablir une CAN biennale, un choix que la grande majorité des présidents de fédération réclament, pour des raisons financières et parce qu’un rendez-vous tous les deux ans entretient l’investissement des États dans le football.

Le sujet s’invite à Cape Verde, où se tient une conférence stratégique de la CAF. Romain Molina estime qu’elle sert surtout à Gianni Infantino à rassurer ses soutiens, alors que plus d’une douzaine d’opposants subsisteraient selon lui, en vue de l’élection de mars 2027. Un vote du comité exécutif doit entériner le retour au rythme de deux ans, dont l’issue ne fait, à ses yeux, aucun doute. Il se dit curieux de la réaction de Samuel Eto’o, mais aussi du président de la Fédération royale marocaine, Fouzi Lekjaa, et de celui de la Fédération mauritanienne, Ahmed Yahya, qui avaient soutenu la ligne d’Infantino.

Pour Romain Molina, l’épisode met en lumière la faiblesse de Patrice Motsepe. Il l’accuse de ne pas maîtriser sa confédération et relève plusieurs signaux : le secrétaire général n’est toujours pas officiellement nommé et Fatma Samoura assure l’intérim ; le contrat d’un milliard de dollars annoncé l’an dernier n’a pas été finalisé ; et l’organisation interne serait paralysée, malgré quelques annonces de sponsors et de droits de diffusion. « Dans un monde normal », estime-t-il, le président devrait démissionner. Il juge même peu probable que le dirigeant sud-africain termine son second mandat. Il rappelle enfin qu’Infantino avait voulu l’évincer quelques mois plus tôt après l’affaire de l’arbitre somalien désigné pour la Supercoupe d’Europe, avant que les deux hommes ne fassent la paix.

Patrice Motsepe assure que l’édition 2027 se tiendra bien au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie. Romain Molina en doute. Selon lui, les trois pays ne sont pas prêts en matière d’hébergement, de sécurité, de logistique, de routes et de structures de santé, en particulier l’Ouganda et le Kenya, où une présidentielle est prévue l’été prochain. Il affirme que des rapports internes de la CAF, alarmants, circulent et que les membres du comité exécutif en ont connaissance.

Autre élément de l’équation : la Ligue des Nations, imposée par la FIFA et annoncée tous les deux ans, aurait rapporté très peu. Les dirigeants africains auraient mesuré que la CAN reste la compétition qui génère les revenus. Reste à savoir comment la CAF articulera les deux formats, une question qui, selon Molina, montre qu’elle « navigue à vue ».

Le journaliste conclut qu’un cycle de quatre ans aurait été un « suicide économique » pour la CAF et que, de réforme en revirement, ce sont la politique et l’argent, plus que l’intérêt du football africain, qui dictent les décisions.

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