(AfriquesPlus) - L’expansion du groupe jihadiste JNIM dans l’ouest du Mali accroît les risques sécuritaires et économiques pour le Sénégal, notamment dans ses régions orientales. Dans une analyse publiée ce 8 octobre 2026, l’ACLED examine cette progression à travers ses effets sur les échanges commerciaux, les activités minières et les populations vivant de part et d’autre de la frontière. Le rapport est signé par Héni Nsaibia, expert régional pour l’Afrique de l’Ouest.
Selon l’ACLED, le JNIM, affilié à Al-Qaida, a renforcé sa présence dans la région malienne de Kayes sans pour autant lancer d’attaque sur le territoire sénégalais. Le groupe chercherait plutôt à empêcher un rapprochement militaire entre Dakar et Bamako. Son activité dans l’ouest du Mali a fortement augmenté ces dernières années, passant de 14 événements recensés en 2022 à 131 en 2025. Entre janvier et août 2026, 84 événements ont déjà été enregistrés.
Cette présence pèse également sur les échanges entre les deux pays. Depuis septembre 2025, le JNIM impose un embargo sur le carburant et les transports au Mali, affectant notamment l’axe Dakar-Kayes-Bamako. L’enjeu est important pour le Sénégal, le Mali représentant plus de 20 % de ses exportations, pour une valeur supérieure à 1,3 milliard de dollars selon l’ACLED.
L’organisation considère par ailleurs l’est du Sénégal comme une zone particulièrement exposée à moyen terme. Les départements de Bakel, Goudiry et Saraya, proches de la frontière malienne et des principales zones aurifères, concentrent les préoccupations. Les échanges de travailleurs, d’or et de marchandises entre les deux pays rendent la surveillance plus difficile, notamment dans les zones marquées par l’exploitation minière informelle et l’existence de nombreux passages frontaliers.
L’ACLED ne relève toutefois aucune preuve d’un contrôle des activités minières artisanales par le JNIM au Sénégal. Le groupe collecte en revanche des taxes auprès de communautés de l’ouest malien et a déjà ciblé des activités minières au Mali. Selon l’organisation, ces réseaux transfrontaliers pourraient, à terme, offrir des possibilités de financement, de recrutement ou de soutien logistique au groupe.
À court terme, l’ACLED estime que le JNIM ne devrait pas ouvrir un nouveau front au Sénégal, restant principalement concentré sur son implantation au Mali. Le risque pourrait toutefois évoluer si le groupe renforçait son implantation à proximité de la frontière, si Dakar intensifiait sa coopération militaire avec Bamako ou si les activités minières et commerciales transfrontalières devenaient davantage une source de financement pour le groupe.