(AfriquesPlus) – De la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud aux juridictions internationales, la juriste Navi Pillay a consacré sa carrière à la défense des droits humains et à la lutte contre l’impunité. Son engagement en faveur du droit international est récompensé par le prix Nobel de la paix 2026, dans un contexte de tensions autour des institutions judiciaires internationales.
Le prix Nobel de la paix 2026 a été attribué vendredi 9 octobre à la juriste sud-africaine Navanethem « Navi » Pillay, ancienne Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme et ancienne juge de juridictions internationales. Dans son suivi en direct publié le même jour, le quotidien américain The New York Times, sous la plume notamment de Jonathan Wolfe, Aurelien Breeden et Max Bearak, rapporte que le Comité Nobel norvégien a distingué son action en faveur de la paix et du droit international.
Âgée de 85 ans, Navi Pillay s’est notamment retrouvée au centre de l’attention internationale après avoir présidé une commission d’enquête indépendante des Nations unies sur la guerre dans la bande de Gaza. En 2025, cette commission a conclu qu’Israël avait commis un génocide contre les Palestiniens de Gaza, une conclusion rejetée par les autorités israéliennes.
Pour le Comité Nobel, son parcours illustre l’importance de la responsabilité juridique des États et des dirigeants. L’institution a souligné que son travail avait contribué à élargir la portée du droit international et à montrer que les mécanismes judiciaires pouvaient participer à la prévention des violences et des conflits.
Le choix de Navi Pillay intervient alors que les juridictions internationales et leurs responsables font face à des pressions croissantes. Le même vendredi, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a annoncé de nouvelles sanctions visant la Cour pénale internationale (CPI). Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a dénoncé une décision portant, selon lui, un coup sérieux à la justice pénale internationale, dont la CPI constitue un pilier essentiel.
De l’apartheid aux juridictions internationales
Née à Durban, en Afrique du Sud, dans une famille d’origine indienne tamoule, Navi Pillay a grandi sous le régime de l’apartheid, marqué par la ségrégation raciale et l’exclusion de la majorité noire de la vie politique et sociale. Avocate, elle a défendu Nelson Mandela et d’autres militants opposés au système ségrégationniste.
En 1967, elle est devenue la première femme à ouvrir un cabinet d’avocats dans sa province d’origine, le Natal. Après la fin de l’apartheid et l’arrivée de Nelson Mandela au pouvoir, en 1994, elle a été nommée à la Cour suprême d’Afrique du Sud, devenant la première femme de couleur à y siéger.
Sa carrière s’est ensuite poursuivie sur la scène internationale. Nommée juge au Tribunal pénal international pour le Rwanda, elle a contribué à faire reconnaître la violence sexuelle comme une arme de guerre et un instrument pouvant participer à la commission du génocide. En 1998, le tribunal a reconnu pour la première fois, dans le cadre du procès de l’ancien maire rwandais Jean-Paul Akayesu, que le viol pouvait constituer un acte de génocide.
Navi Pillay a ensuite siégé à la Cour pénale internationale de 2003 à 2008, avant d’occuper le poste de Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme entre 2008 et 2014. Elle a ainsi participé à plusieurs des grandes affaires judiciaires et des débats internationaux sur la responsabilité des auteurs de crimes graves.
Un plaidoyer pour le droit face aux rapports de force
À l’annonce de son prix, Navi Pillay se trouvait à Nuremberg, en Allemagne, où elle participait à une conférence réunissant des juristes et des juges spécialisés dans les droits humains. Elle a dédié sa distinction aux survivants des crimes internationaux et aux défenseurs de la justice internationale.
La lauréate a également rappelé aux dirigeants politiques leur obligation de protéger les droits humains et de s’abstenir de faire la guerre. Elle a mis en garde contre les tentatives d’affaiblissement du système judiciaire international, estimant qu’elles risquaient de ramener le monde à une situation où la puissance primerait sur le droit.
Pour le Comité Nobel, cette distinction constitue aussi un message en faveur de la défense des institutions internationales, à un moment où le respect des règles communes est contesté. Le jury estime que l’État de droit, à l’échelle nationale comme internationale, demeure indispensable à la résolution pacifique des conflits.
Le prix Nobel de la paix 2026 consacre ainsi plusieurs décennies d’engagement de Navi Pillay, de son combat contre l’apartheid à son action au sein des juridictions internationales. Son parcours met en lumière le rôle du droit dans la lutte contre l’impunité et la protection des victimes de crimes de masse.