(AfriquesPlus) - En 2023, des internautes nigérians avaient rangé les femmes en trois catégories sur le réseau X : les « baddies », les « civilians » et les « amotekuns ». Dans un texte publié le 13 avril 2025 par le magazine The Republic, la journaliste Foyin Ejilola, installée à Ibadan, y voyait l’illustration parfaite du lien entre apparence et argent. Selon elle, cette grille, « sexiste » et arbitraire, confondait l’attractivité physique avec la richesse. Les « amotekuns », au bas de la hiérarchie, étaient perçues comme des femmes à faibles revenus, soupçonnées d’être opportunistes.
L’auteure rappelait que plus des deux tiers de la population nigériane s’enfonçaient dans la difficulté financière, et que les femmes en subissaient davantage les effets. Pour celles qui aspiraient à l’apparence jugée idéale, la beauté devenait, écrivait-elle, « une marchandise liée à de l’argent inaccessible ». Elle disait avoir grandi au contact de femmes modestes de son quartier et de sa famille pour qui « la beauté, c’est de l’argent ».
Les remarques sur la minceur en étaient un exemple. La question habituelle posée aux femmes minces, « manges-tu seulement ? », blessait plus profondément celles dont la pauvreté rendait une alimentation correcte inabordable. Elle revenait, dit la journaliste, à leur signifier qu’elles étaient trop pauvres pour manger à leur faim. Elle avait vu des femmes se tourner vers des comprimés de dexaméthasone, surnommés « mawumawu » et « yodi », vendus comme solutions bon marché pour prendre du poids.
Foyin Ejilola avançait qu’environ 77 % des Nigérianes pratiquaient l’éclaircissement de la peau. Elle y voyait le produit du colorisme, mais aussi un signe supposé de meilleure situation financière : une peau claire laissait croire qu’on ne travaillait pas sous le soleil. Or beaucoup de femmes pauvres gagnent leur vie à l’extérieur, comme vendeuses ambulantes, ouvrières ou petites commerçantes.
Idayat Jinadu, fondatrice de la publication Hidden Gele, citait la popularité de la lotion Caro White à Ado-Ekiti, un produit rappelé par l’Union européenne pour sa forte concentration en acide kojique. « Je connais beaucoup de femmes au marché qui utilisent ces crèmes et vendent leurs marchandises sous le soleil, abîmant leur peau », racontait-elle. Selon elle, « le pont entre ce qu’elles savent et ce qu’elles ignorent » est la pauvreté et son cortège de manque d’éducation.
La journaliste observait que les prédicateurs chrétiens et musulmans invitaient les femmes à ne plus modifier leur corps, sans s’attaquer aux causes profondes. Elle jugeait aussi que le débat féministe, de plus en plus porté sur les réseaux sociaux par des femmes urbaines ou issues des classes moyennes, laissait de côté les plus pauvres. Environ deux tiers des Nigérianes n’avaient pas accès à Internet pour des raisons de coût.
Son appel : les atteindre physiquement, dans un langage qui leur parle, et les inviter à puiser dans les pratiques traditionnelles de soin de leurs communautés, celles qui ne placent pas le regard masculin au centre.